Mon père, 74 ans, ingénieur

Bonjour… je me pensais forte, mais le deuil me rattrape… désolée d’avance pour ce long texte.

Mon père, un ingénieur de 74 ans, un génie, 39 brevets d’inventions, jamais pris de drogue, à peine un verre de vin, une belle vie, 2 filles de deux mariages (37 et 47ans (moi)), une conjointe adorable depuis 25 ans, une belle maison pour l’été, dans le sud 3 mois l’hiver.

Février 2022, le choc de ma vie, il se suicide au PANAMA!! Le lendemain matin je suis sur le premier vol. Ma belle-mère est tellement sous le choc, elle n’est pas capable de rien faire, à peine capable de parler. Je vais donc gérer le rapatriement de mon père et ramener ma belle-mère. Je vous passe les semaines épouvantables de l’enquête du coroner (en espagnol), la morgue et toute l’administration pour avoir les papiers pour pouvoir quitter le pays. Mourir ici c’est compliqué, mourir ailleurs c’est de la grosse merde!

Au retour, 3 semaines plus tard, j’apprends ce que ça implique vraiment le rôle de liquidatrice. Bref, les mois (ou plutôt les années!!) passent, je suis sur le pilote automatique, je gère mon commerce, je gère ma belle-mère, je gère la succession, je gère ma propre maison, et je gère… ma mère!! Ma mère (divorcée de mon père depuis 40 ans) se sent en deuil, comme si c’était elle la veuve. Jamais elle me demande comment je vais, au contraire, elle me dit régulièrement depuis ce temps ‘’profites-en, moi je suis encore là’’ ou ‘’J’te dit que t’es pu pareille depuis que ton père est mort’’. Ces deux dernières phrases me font tellement enrager, j’ai pas de mots qui me viennent assez fort pour décrire comment je me sent quand elle me dit ça. Effectivement, jamais plus je ne serai la même!

Ma mère à 78ans. Elle a un bon cœur et n’est pas méchante volontairement, pleines d’attentions (les gênes italiens!!). Elle voudrait être fusionelle avec moi (elle l’est déjà trop, elle habite au sous-sol de ma maison). Ma mère a juste moi. Elle peut être vraiment le fun… et vraiment étouffante. Elle a raison, depuis que mon père est mort, je ne suis plus pareille, mais surtout avec elle. Suis pu capable!!! J’ai le goût de sacré mon camp, de vendre la maison. J’en peux pu de gérer tout, tout le temps. Et plus elle va vieillir, plus je vais devoir la gérer (je ne la laisserai pas tomber, y a pas d’issue). On dirait que je me venge sur elle inconsciemment… pour le mal que j’ai en dedans à cause du suicide de mon père. Je suis pas méchante dans la vie, mais là j’étouffe!

Mon père, j’alterne encore entre la peine, la compréhension et la colère. Il avait dit qu’il ne se retrouverait jamais en CHSLD à se faire laver et se faire nourrir… on l’avait pas prit aux mots. Il s’est octroyé à lui même son aide médicale à mourir, je suis capable de comprendre ça selon son côté tellement rationnel. Et quand je vois tous les parents de mes amis, malade pendant 2 ans de cancer et plein d’autres maladies épouvantables, je me dit ‘’c’est ce qu’il voulait, nous éviter çà’…. Mais maudit que je lui en veux encore de m’avoir fait vivre toute cette merde… j’ai même pas fini la succession et ça va faire 4 ans en février.

Je suis super bien entourée, plein d’amis formidables.. Je suis une personne full positive. Je suis juste fatiguée. On dirait que j’ai pas eu le temps de faire mon deuil, j’ai juste gérer, parce que moi, je suis solide, je suis celle qui est forte et qui peut tout gérer. 4 ans plus tard, je sais pas comment j’ai fait pour passer à travers… je sais pas comment nommer ce que je ressens, y a une boule en dedans.. Je n’ai pas prit le temps d’écouter ma peine. Ma belle-mère a fait plusieurs rencontres dans un groupe de deuil. Elle va mieux. Elle a même un nouveau conjoint. On est encore très proche, c’est la seule personne dans mon entourage qui peut comprendre ce que je ressens, sans que je doive l’expliquer.

Le suicide, c’est une mort à part. Ben oui c’est un deuil, mais c’est un deuil qui en plus de la peine, il vient avec la culpabilité et la colère… si on l’a pas vécu, on peut pas comprendre, je pense que c’est pour ça que ce soir j’avais besoin de m’inscrire ici… à retardement. Des gens me disaient ‘’pourquoi tu consultes pas’’… MOI?! Pas besoin… ouin… peut-être finalement…

En février, je pars seule une semaine dans les Caraïbes… j’ai besoin de faire le vide. J’aimerais savoir si vous avez une suggestion de livre sur le deuil que je pourrais mettre dans ma valise.

Ouff, ça fait du bien de se vider le cœur… une chance qu’on a pas une limite de mots héhé!

Merci :))

6 « J'aime »

Bonjour j’ai perdu mon mari par suicide en juin 2025 ce fut une expérience traumatisante. Ma famille et amis sont très présents pour moi. Et ils m’ont fortement conseillé de consulter un psychologue ce que j’ai fait à quelques reprises. Cela m’a aidé beaucoup mais lire m’a renseigné et m’a aidé aussi donc voici quelques titres de livres.

Christophe Faure psychiatre et psychothérapeute spécialisé en rupture de vie

Il y a aussi des podcast que tu peux écouter

Après le suicide d’un proche (vivre le deuil et se reconstruire)

Vivre le deuil au jour le jour

Mes sympathies

7 « J'aime »

Bonjour Charlie,

J’ai fait une demande pour un psy, je croyais que ce ne serait pas necessaire… mais finalement j’abdique, je pense que ça me ferais du bien.

Merci beaucoup pour les références :slightly_smiling_face:

4 « J'aime »

Allo Marie L.

C’est vraiment terrible le suicide d’un proche et dans les circonstances dont tu parles soit éloignement du drame, gestion de tes proches et de la paperasse c’est sûrement une très grosse montagne à monter. Je te comprends grandement et je sympathise avec toi, tu sais que vivre un deuil c’est comme une roche lancée dans un lac ça débute par des centaines de petits sillons qui s’agrandissent et finissent par s’éloigner.

Je vis encore le suicide de mon fils unique, aujourd’hui même ça fait 8 ans et je travaille encore sur moi et mes sentiments de culpabilité et autres mais je sais qu’à avec le temps on apprend à vivre avec cette peine.

J’ai un livre que j’ai bien aimé soit celui de Dr Christian Fauré et le titre….Après le suicide d’un proche ….cela m’a bien aidé et je le consulte fréquemment. Il faut en parler le plus possible mais c’est pas facile car chaque personne vit son deuil différemment à chacun son niveau.

Je te souhaite le meilleur et de l’amour à toi de toi, tu le mérites.

5 « J'aime »

Bonjour @Marie-L,

Tout d’abord je t’offre toutes mes sympathies. J’ai perdu mon conjoint suite à son suicide il y a maintenant un peu plus de 3 ans. Malheureusement un deuil par suicide a une saveur amère bien particulière qui fait surgir des émotions d’incompréhension, de colère et de plusieurs questionnements qui bien souvent demeurent sans réponses.

Il est bien de lire toute la littérature sur le sujet, l’on y apprend des choses et quelques fois l’on s’y reconnaît mais d’après mon expérience, rien de mieux que de pouvoir consulter un psychologue avec lequel l’on établi un lien de confiance et avec qui l’on peut partager et verbaliser absolument tout ce que l’on ressent et pense. Avec nos proches amis et membres de la famille l’on se censure de peur de vexer ou d’inquiéter nos interlocuteurs. Dans ces consultations avec un professionnel, nous sommes dans un lieu avec un lien confidentiel ou ‘‘safe space’’, l’on peut exprimer toutes nos émotions tout en étant écouté sans jugement. De plus l’on reçoit une rétroaction et de l’aide afin de gérer notre trop plein d’émotion. Je te le suggère fortement, ça aide à cheminer de façon plus harmonieuse dans notre deuil.

Je te souhaite un cheminement zen et beaucoup de résilience envers toi-même. :growing_heart:

3 « J'aime »

Merci Cachou! Je travaille fort surle cheminement zen et je me parle beaucoup. Je sais évidemment que je vais vivre avec ça toute ma vie, je veux juste essayer de trouver des moyens de m’aider un peu plus à vivre avec. On lâche pas! :flexed_biceps:t3:

4 « J'aime »

Merci beaucoup Gina!

En effet, à chaque fois que je me paye quelque chose de spécial, je me dis toujours ‘’À moi de moi avec amour’’… comme mes vacances dans les Caraïbes, des massages, du yoga, des marches en nature, juste des choses qui vont me faire du bien. Tout pour déconnecter et mettre mon cerveau à off afin de retrouver une certaine zénitude. :woman_getting_massage:t2::woman_in_lotus_position:t2:

4 « J'aime »

Je te partage deux récits québécois qui m’ont fait beaucoup de bien lors de mon deuil.

Le Cri des oies (Joanne Gautier)

L’adieu au bateau (Johanne Fournier)

Dans chacun d’eux, les femmes racontent le deuil d’avoir perdu leur mari. Il n’est pas question de suicide, mais le deuil reste entier. Elles savent mettre de sublimes mots sur leur douleur.

J’ai aussi lu les livres de Christophe Fauré. Ils ont aidé ma tête à comprendre la situation, mais parfois c’est le cœur qui doit faire son bout de chemin pour comprendre le deuil.

J’espère que ton voyage et tes lectures sauront panser les blessures, même un tout petit peu.

4 « J'aime »