Pardonner à l’être cher disparu de nous avoir abandonné, de ne pas nous avoir demandé de l’aide, de nous faire souffrir, de nous avoir brisé.
Se pardonner de ne pas avoir réussi à empêcher le drame, de l’avoir échappé, d’avoir raté quelque chose dans notre relation.
Faut-il lui pardonner et faut il se pardonner ? Comment on fait, comment ça marche le cheminement vers le pardon ?
Le pardon est il indispensable pour etre en paix ou je suis mieux d’essayer de penser le moins possible à lui, ne pas regarder de photos de lui, enfouir au plus profond de moi pleins de souvenir et espérer que mon volcan brûlant ne tombe jamais en éruption ? Pour le moment je ne suis pas capable de regarder photos et vidéos de lui , c’est trop dur…
Mon papa s’est suicidé en février 2022 à 74 ans. Nous avons tous été complètement sous le choc. Un ingénieur brillant, qui travaillait encore à temps plein (directeur de la technologie), 39 brevets d’inventions. Un homme bon, brillant, gentil… nous n’avons absolument RIEN vu venir.
Il a fait ça au Panama. Je lui en veux encore… devoir aller le chercher et le ramener dans une p’tite boîte, et les douanes… ouf! l’enquête du coroner (en espagnol avec une traductrice), la bâtisse délabrée de la morgue où j’ai dû encore répondre à des questions interminables (encore en espagnol). De devoir ramener et gérer ma belle-mère… et tout ce qui s’en suit.
Je lui en veux encore, mais les moments de colères s’espacent. Je sais que la colère ne partira jamais, mais j’apprends à vivre avec. Je suis capable d’être rationnelle, je sais que s’il a posé ce geste c’est que sa douleur devait être atroce. Il n’a pas laissé de lettre, aucune explication.
On ne saura jamais le POURQUOI, et on doit vivre avec. Avec le temps, on apprend à lâcher prise pour essayer de comprendre… tranquillement on se déculpabilise… tranquillement les moments de colère diminuent et on focus sur les bons souvenirs et la vie qui continue.
On doit vivre avec les conséquences de LEURS actes. Il faut se protéger, on ne peut pas prendre leurs douleurs sur nous. On doit penser à nous et à ceux qui restent.
Moi aussi j’ai lu le livre du Dr Christophe Fauré sur le suicide, ça m’a aidé. Je sais que c’est redondant comme réponse… mais le temps est notre principal allié.
Je vous souhaite tout le courage du monde. Ne vous inquiétez pas, la colère va diminuer. Prenez soin de vous!
Mes sympathies pour votre père. Ça me rassure de voir d’autres personnes qui ont eu des sentiments de colère intenses.
Merci beaucoup Marie-L. Content de voir qu’on peu apprendre avec le temps à déculpabiliser, à etre moins souvent en colère, à donner plus de place aux bons souvenirs tout en étant moins triste.
Je vais emprunter votre suggestion de lecture ( je suis directeur de bibliothèque hihihi) et j’espère que ça m’aidera et me donnera de bons conseils ou une nouvelle perspective. J’ai commencé le livre « Quand la mort est traumatique : Passer du choc à la sérénité » de la psychologue Pascale Brillon. On est pas obligé de lire linéaire, genre si on est dans la culpabilité on va au chapitre 4-5, découragé chapitre 9 , submergé pas des images dérangeantes chapitre 8 etc. Ça me fait du bien mais je lis à petites doses.
Bonjour Dédé, je crois que le deuil de votre fils est assez récent, mes sincères sympathies. Ressentir moins de colère et culpabilité, pardonner à notre proche et se pardonner, faire la paix comme vous dites, ce n’est pas qqe chose qui se fait en quelques mois. Au début c’est normal de ressentir et d’exprimer notre colère, culpabilité, etc…Comme on dit il faut laisser sortir le méchant, même Christophe Fauré en parle dans son livre. Un deuil comme le nôtre c’est comme une blessure physique, une cassure, un brûlure profonde. Pour que ça guérisse c’est un long processus, il faut prendre soin de notre blessure. Si vous avez une cassure ou une brûlure profonde et que vous attendez juste que le temps arrange la blessure, ça va guérir tout croche, s’infecter, etc…Je veux pas vous décourager mais moi à Noël ça a fait 3 ans que ma fille s’est suicidée et ça fait pas très longtemps que je sens que je lui ai pardonné et que je me suis pardonné. La colère et la culpabilité se sont bcp estompés même si de temps en temps ça revient se pointer le bout du nez. Bref il faut laisser du temps au temps et prendre soin de notre blessure, un pas à la fois…
Merci Stef70, mes sincères sympathies pour le deuil de votre fille. Merci pour votre franchise et et pour le partage de votre vécu.J’aime beaucoup l’image " prendre soin de sa blessure». Je suis à l’étape de faire sortir le méchant comme vous dites.. Je ne sais pas si je m’y prends bien, si je prends soin de ma blessure comme il faut. Il y a même des journées où je déteste mon fils disparu, et je trouve parfois que son crime (le suicide) est tellement grave que je ne pourrai jamais lui pardonner comme je ne pourrais pas pardonner à un meurtrier. Voilà où j’en suis, j’espère un jour avoir une parcelle de votre sagesse et de votre résilience. Merci beaucoup.